[Kitetoa, les pizzaïolos du Ouèb

« L'histoire nous donnera raison »

"Si nous nous trompons (sur les armes de destruction massive), nous aurons détruit une menace qui est au moins responsable d'un carnage inhumain et de souffrances", a indiqué Tony Blair dans un discours devant le Congrès américain.

"C'est quelque chose, j'en suis sûr, que l'histoire pardonnera."

Pas simple de prédire l'avenir. Les gens qui disent nous « diriger » sont passés maîtres dans cet art. En France, nous avons un Président et un gouvernement qui, contre toutes les analyses, ont continué d'annoncer un taux de croissance élevé alors que la crise économique s'installait à tous les étages de la tour «  Economie ». Il l'ont si bien prédite leur croissance qu'ils ont été obligés d'avouer, in fine, qu'elle serait bien moindre que prévue. Bilan des courses, le budget de la France (qui repose sur une hypothèse de croissance) est complètement dans le rouge. A ce propos, un type qui n'est pas capable de prédire un taux de croissance à six mois, vous lui faites confiance pour prédire ce que sera l'économie et la société (et partant, votre régime de retraite) dans 20 ans? Mais revenons à l'Irak.

Seuls des dirigeants pourraient dire (puisque c'est leur spécialité de prédire l'avenir) si la situation des Irakiens sera meilleure plus tard ou si elle sera aussi mauvais que sous Saddam Hussein. On sait ce que l'on perd, on ne sait pas ce que l'on gagne. Mais imaginons que l'avenir des Irakiens soit rose. En effet, dans ce cas, l'histoire pardonnera sans doute aux gouvernements britanniques et américains d'avoir déclenché une guerre en Irak. Mais ce que l'histoire ne pourra jamais pardonner, même si elle le voulait, c'est le fait d'avoir menti sur les raisons de cette guerre. Tout cela ne reposait-il pas sur la présence d'armes de destruction massive (ADM ;) )? D'après-vous, ça se cache dans une cave un stock d'ADM? Un stock conséquent et faisant peser une menace sur le reste du monde, comme celui que l'on attribuait à Saddam Hussein, ça se planque où? Parce que vu le nombre de soldats américains et britanniques qui se promènent dans ce pays, on a du mal à croire qu'elles ne soient pas apparues quelque part ces armes, Quatre mois plus tard, pas la moindre trace. Pas un lance-missile présentable (un peu rutilant et menaçant), pas une usine d'armes chimiques, pas un laboratoire ultra-moderne, pas une bombinette nucléaire artisanale, pas un bunker armé jusqu'aux meurtrières. Zut, zut et reflute !!! Si une armée envahissait les Etats-Unis ou même la France, il lui faudrait combien de temps pour dénicher des ADM?

Terroriste!

Qui peut dire le contraire? Saddam Hussein était un dangereux dictateur. Fort bien. Cela donne-t-il le droit à un pays ou un autre d'aller lui botter le train? Pas certain. Avant tout, il y a un petit problème: on est toujours le terroriste ou le dictateur d'un autre. A titre de sujet de réflexion, livrons ici ce commentaire d'Amnesty International: « Les deux tiers des exécutions de mineurs recensées au cours des dix dernières années dans 70 pays ont eu lieu aux Etats-Unis ». « Amnesty rappelle que la communauté internationale a adopté quatre traités concernant les droits de l'Homme, tant au niveau mondial que régional et qui excluent explicitement les mineurs de la peine capitale. Cette exemption figure également dans les Conventions de Genève et leurs deux Protocoles additionnels. "Cette interdiction est si largement reconnue et respectée qu'elle est devenue un principe de droit coutumier international" », précise l'AFP à ce propos. D'ici à ce que la Suisse (ou le Danemark) traite les Etats-Unis d'Etat voyou et décide de les envahir... Par ailleurs, le fait que tous les malades avides de têtes coupées et de corps explosés aient lancé ce genre d'affirmation: "l'histoire nous donnera raison", laisse un peu songeur... Enfin, il ne faudrait pas trop confondre « ingérence humanitaire » et « ingérence militaire »... Le premier concept développé par un juriste français (Mario Bettati) consiste à amener sur place des troupes pour faire tampon (dans le pire des cas). Le second revient à envoyer des troupes pour faire la guerre.

Bref, dans cette histoire, personne ne dit que la « coalition » a eu tort de jeter dehors un dictateur. Mais pas mal de monde dit que la « coalition » a menti sur ses motivations. Et aux Etats-Unis, c'est très mal vu de mentir. Bilan, après la production de plusieurs documents faux ou très anciens pour justifier l'attaque de l'Irak, quelques voix s'élèvent outre-atlantique. Ceci dit, il semble que mentir sur les gâteries d'une stagiaire semble bien plus grave que de le faire sur les motifs d'une guerre qui continue de faire des morts...

Kitetoa, qui, du coup, espère ne pas finir comme le microbiologiste David Kelly