[Kitetoa, les pizzaïolos du 
Ouèb

Six ans de kitetoa.com...

Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais cela fait six ans que Kitetoa.com publie ses bafouilles. Joyeux anniversaire!

Je me vois mal tirer un bilan approfondi, façon divan. Mais bon, je peux vous raconter un peu, de manière narcissique, comment je vois cette plate-forme d'édition désormais vieille de six années.

Depuis 1997, nous avons tenté de publier des articles «différents».

Des papiers avec des angles différents.

Des angles qui permettent d'analyser un fait avec un «autre» regard.

Nous avons essayé de démontrer que les discours marketing et publicitaires des entreprises et des gouvernements étaient très éloignés de la réalité.

Finalement, nous avons souvent réussi. Avec des moyens humains et financiers très faibles, nous avons créé un site visité par 40 à 70.000 visiteurs chaque mois. Il existe des articles parlant de Kitetoa et de ses papiers au Brésil, dans les Pays de l'Est, aux Etats-Unis, en Allemagne, au Portugal, en Espagne et j'en passe.

Nous avons réussi à nous faire des ennemis parmi les grands DSI alors que tel n'était pas notre but.

Le webmaster de Kitetoa.com a même été traîné devant un tribunal pénal par Fabien Ouaki, le patron de Tati qui pensait que pour avoir accès à sa base de donnée, il fallait obligatoirement la pirater. Il a perdu. Nous avons gagné et sommes donc à l'origine d'une très intéressante jurisprudence.

Nous avons reçu un peu de feed-back. C'est là notre première motivation pour écrire. Merci mille fois à tous ceux qui ont pris cinq minutes pour réfléchir à ce que nous avions écrit et qui nous ont envoyé un mail.

Mais nous avons aussi échoué.

L'insécurité informatique n'a jamais été telle. Nos données personnelles sont considérées comme une chose négligeable. Ou plutôt comme quelque comme quelque chose d'intéressant... à s'approprier... Les projets des gouvernements pour croiser toutes sortes de fichiers et en créer de nouveaux, histoire de mieux fliquer les citoyens se multiplient. L'ADN devient une panacée pour tous ces apprentis big brothers.

Sans vouloir être pessimiste ou alarmiste, je vous le dis tout net: à mon humble avis, l'avenir est sombre. Et ce sont ces fichiers et les nouvelles technologies de l'information et de la communication (pour faire simple l'IP) qui l'assombrissent.

Nous avons également échoué parce que le monde entier a peur. Depuis toujours nous luttons contre le FUD. Or celui-ci n'a jamais autant prospéré. Depuis le 11 septembre, les gouvernements ont décidé de répandre un vaste sentiment de peur à tous les niveaux de la société. Et ça fonctionne à merveille. Si l'on peut désormais faire passer n'importe quelle loi dans n'importe quel domaine sans trop de mal, il y a tout de même un dégât collatéral important: cela génère une crise économique grave.

Nous avons échoué parce que dans une société où la presse refuse de publier des documents qu'elle juge «trop chauds» (pour qui? Pour quoi?), nous savons qu'il est impossible de diffuser une contre-information. Celle qui ne se satisfait pas des communiqués de presse triomphants ou des déclarations gouvernementales. Nous l'avons longtemps fait ici-même sur Kitetoa.com. Mais depuis l'élection de Jacques Chirac à la présidence de la république avec son score soviétique, depuis l'arrivée à Matignon de Jean-Pierre Raffarin et de monsieur Nicolas Sarkozy à l'Intérieur, il y a comme un vrai danger à ne pas penser comme eux.

Bilan des courses? Nous avions déjà ralenti un peu le rythme des publications sur le site. Cette situation va donc se poursuivre (pas le ralentissement du rythme, le rythme lui-même...). Et puis finalement, Kitetoa.com est connu -principalement- pour ses papiers sur la non sécurisation des données personnelles par les grosses entreprises et les gouvernements, bref, pour sa rubrique «le monde fou, fou, fou des admins». Or, comme je le disais, ça ne s'améliore pas. Que faire? Continuer d'épingler des centaines de boites? Ca devient lassant. Comme je l'expliquais il y a peu à quelques étudiants à propos des piratages informatiques: le vrai pouvoir, c'est de savoir que l'on peut le faire, pas de le faire. Pareil pour les articles de cette rubrique...

:)

Une note positive? Nous avons atteint, ou presque, notre but secret. Comme c'est secret, vous ne saurez pas de quoi il s'agit (juste histoire de nourrir les théoriciens du complot inter-planétaire).

;)

Par ailleurs, nous sommes au coeur de «tout ça». Et nous le serons de plus en plus.

Mais bon, on ne vas parler de Kitetoa.com toute la vie. En ce sixième anniversaire, j'ai acheté la presse, histoire de savoir ce qui se passe dans le vrai monde.

>Et vous savez ce qu'il y a dans Libération?

Deux pages sur le discret changement de stratégie nucléaire de la France. Il paraît que comme la menace soviétique est tombée depuis quelques lustres, il faut se méfier des «états voyoux». Bref, la grande idée de ceux qui pensent nous gouverner serait de menacer les vilains pays du tiers-monde (qui auraient la fâcheuse idée de développer quelques armes de destruction massive) du feu céleste français. Evidemment, personne ne se dit que dans l'esprit tordu des dirigeants desdits pays, il est probable que l'on assiste a ces réflexions: «ces malades de Français, d'Américains et de Britanniques développent des armes de destruction massive, il faut que nous nous protégions, ils risquent de débarquer d'un jour à l'autre, selon l'humeur changeante de leurs dirigeants ou de leurs intérêts financier, et ce n'est pas l'ONU qui les arrêtera». Bref, à peu près le même discours paranoïaque qui ne peut, bien entendu que générer la même course folle aux armements, le même ressentiment.

Le plus drôle évidemment, c'est que tout le monde comprend que la menace de destruction nucléaire contre des pays voyoux ne vise pas les terroristes qui s'y planquent, mais bien les civils locaux (pardon, les dommages collatéraux du cru).

Tant pis pour leur gueule, z'avaient qu'à habiter ailleurs.

On notera également l'avis éclairé d'un député UMP qui explique que l'on vit dans «un monde dangereux» et que tout ce nucléaire (les crédits affectés à ce poste sont en forte croissance) est bien nécessaire. Il se souvient de la situation lorsque le bloc soviétique était encore triomphant? Ou bien il est trop jeune? Là, c'était un monde dangereux avec des enjeux nucléaires bien tangibles.

Aujourd'hui, à part faire bander quelques présidents, et hypothéquer l'avenir de l'humanité, je ne vois pas bien à quoi peuvent servir toutes ces bombes...

Kitetoa