[Kitetoa, les pizzaïolos du Ouèb

Petit état des lieux du pays... On ne sais pas si les propriétaires vont rendre la caution

Je suis bien placé pour savoir que les statistiques ne veulent pas dire grand chose puisque j'ai co-réalisé le site www.statisticator.com

Toutefois, les stats de l'Insee sont un peu plus intéressantes et fiales que celles des sites Web de la prétendue nouvelle économie.

Il peut donc être amusant de plonger un peu dans la comptabilité nationale. Histoire de démontrer, par exemple, que les socialistes ont réussi là où on ne les attendait pas, c'est à dire sur le plan économique. Ce fut notamment le cas après 1983. Mais aussi pendant d'autres périodes. Et on est très loin de l'expression communément reprise par les électeurs de droite: "les socialistes ont ruiné la France". Les marchés financiers se sont généralement bien portés pendant les périodes roses. De même que le moral des entrepreneurs. Les grands indicateurs vont plutôt moins bien pendant les périodes bleues. Au final, c'est souvent le citoyen de base qui paye les décisions économiques de leurs "dirigeants". Et le dernier gouvernement a pas mal oeuvré sur le terrain de la destruction sociale.

Commençons par nous pencher sur l'économie de ces dernières années.

Ce récapitulatif de l'Insee démontrera à qui en doutait que tous les postes passent dans le rouge en 2002, année de la dernière élection présidentielle:

 

Évolutions en volume au prix de l'année précédente

Prix

2002/2001

Valeur 2002 (milliards d'euros)

contributions à la croissance du PIB 2002

2000

2001

2002

Produit intérieur brut (PIB)

3,8

2,1

1,2

1,8

1520,8

1,21

Importations

14,6

1,3

0,6

-2,8

380,2

-0,16

Total des emplois finals

5,9

1,9

1,1

0,9

1901,0

-

Consommation effective des ménages

2,7

2,9

2,0

1,9

1053,8

1,38

dont dépense de consommation

 

 

 

 

 

 

       des ménages

2,7

2,6

1,2

2,0

823,0

0,65

       individuelle des adm. publiques

3,2

3,3

5,1

1,6

220,6

0,72

Consommation effective des administrations publiques

2,2

2,4

2,6

1,9

142,4

0,24

Formation brute de capital fixe

7,8

1,9

-1,6

1,3

296,0

-0,31

dont : sociétés non financières et entreprises individuelles

8,5

3,4

-2,9

0,5

163,7

-0,33

dont : ménages

3,4

0,8

0,8

2,8

73,1

0,04

dont : administrations publiques

10,0

-0,4

-1,5

1,8

46,4

-0,05

Variation de stocks (en contribution à la croissance)

0,4

-0,6

-0,4

-

-4,3

-0,36

Exportations

12,6

1,6

1,5

-1,6

411,6

0,42

Source : Comptes de la Nation 2002 - base 95, Insee. 

Quelques exemples... Le PIB ne croit que de 1,2% en valeur contre respectivement 2,1% en 2001 et 3,8% en 2000. Vous me direz, le gouvernement n'y peut rien. En effet. Mais il peut prendre des décisions pour corriger le tir. Les dépenses des ménages baissent et bien évidemment, les entreprises réduisent leur demande. Moins d'investissement, réduction des stocks. Le déficit public fait un bond à 3,1% du PIB. En 2003, la dernière prévision du gouvernement tablait sur un déficit public représentant 4% du PIB. Selon Le Monde daté du mardi 6 avril 2004, le déficit public atteindrait 4% du Produit intérieur brut (PIB) en 2005 après 4,1% cette année...Tout va bien! la route est longue mais la pente, bien que ascendante est en phase de recalcul pour une planification plus conservatrice des dépenses au regard de la conjoncture internationale, nous dirait notre Premier ministre de choc...

Et puisque la dette publique est un point que nous allons subir au cours des années à venir, nous petits citoyens de base, il n'est pas inutile de regarder ce qu'en dit l'Insee. D'autant que la droite au pouvoir nous répète à longueur de temps qu'elle est un bon gestionnaire tandis que les socialistes ne le sont pas...

Vous le savez sans doute, le traité de Maastricht limite à 60% du PIB le niveau acceptable de la dette publique d'un état membre. Si l'un des petits états de la communauté était venu à dépasser ce plafond, on aurait entendu les chantres de la rigueur comme l'actuel patron de la Banque Centrale Européenne, ou le gouvernement Raffarin, crier au loup. Mais pas quand ce sont la France ou 'Allemagne qui se comportent en mauvais élèves...

Reposons ici un petit tableau de l'Insee sur l'endettement de l'Etat en pourcentage du PIB:

1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003
57,1 59,3 59,5 58,5 57,2 56,8 59,0 63 % (1)

Mais tout cela est sans doute bien abstrait. Revenons à des choses qui touchent plus directement les citoyens munis de cartes d'électeurs et les autres...

L'emploi... Tout le monde est désormais au courant du fait que par un artifice comptable (rétroactivité de la modification du contrat PARE pour les chômeurs), des centaines de milliers de demandeurs d'emploi sont rayés des listes plus tôt que prévu. Cela permet de dépenser moins, et de faire disparaître par magie des personnes sans emploi des statistiques. Regardons de près ce que dit l'Insee sur le front de l'emploi:

Ce n'est pas joyeux. Le tableau "Taux de chômage mensuel au sens du BIT par sexe et âge (en %)" de l'Insee, n'est pas engageant...

Toujours sur le plan social, le gouvernement a finalement renoncé à l'une de ses décisions dont il a le secret et visant au bien-être de la population qui l'a porté au pouvoir. Selon Libération, "Il apparaissait que près de 40 000 femmes dont les revenus n'excèdent pas 530 euros lorsqu'elles sont enceintes, et 707 euros avec un enfant, allaient perdre 1 300 euros de prestations sur les huit mois entourant la naissance". Ce n'est pas passé loin...

On notera la pertinence de l'action du gouvernement pour faire de notre beau pays, la quatrième puissance économique du monde, un lieu de vie agréable pour les générations suivantes. Ainsi, nous apprenait le Monde récemment, "un million d'enfants vivent sous le seuil de pauvreté en France - qui correspond à la moitié du niveau de vie médian, soit environ 650 euros par mois - selon un rapport du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale (CERC) diffusé mardi 17 février". Il y a encore un peu de boulot pour aider « la France d'en bas »...

Sous prétexte de sauver l'économie de ce beau pays, Jean-Pierre Raffarin et Jacques Chirac ont pris quelques décisions qui touchent surtout le portefeuille des salariés. Ainsi, l'allongement des années de cotisation pour toucher une retraite, la réforme du régime des intermittents du spectacle, les pojets de privatisation d services publics comme EDF (le gouvernement pourrait pourtant s'inspirer du résultat des privatisations des chemins de fer britanniques que l'on doit renationnaliser pour des raisons de sécurité), fiscalité plus favorable pour les ménages à revenus élevés, reprise sur d'autres postes des baisses d'impôts sur le revenu (voir un excellent papier du Parisien sur ce sujet il y a quelques semaines).

Quoi qu'il arrive, les entreprises restent mécontentes. Demander toujours plus pour obtenir un peu semble leur credo, même si elles obtiennent déjà beaucoup. Et il ne reste plus qu'à ajouter « la gauche a ruiné le pays » pour être dans le moove...

Bien entendu, je ne suis ni économiste, ni statisticien. Le lecteur ne me tiendra donc pas rigueur en cas d'approximation dans ma petite photographie de l'économie française sous l'ère de Jean-Pierre Raffarin et de Jacques Chirac...

Kitetoa

(1) source: Eurostat