[Kitetoa, les pizzaïolos du
Ouèb

Train-train quotidien...(*)

Quai A, gare de Grenoble, jeudi 9 janvier. Le soir. Un avocat, un journaliste et un chef d'entreprise se présentent au seuil du TGV de 19 heures 16 qui va les ramener à Paris. L'avocat et le journaliste ont bien un billet, mais pour le train précédent. Le chef d'entreprise n'a pour sa part aucun titre de transport.

Les trois hommes évoquent leurs situations respectives devant les deux contrôleurs.

Aucun problème: «celui qui n'a pas de billet paiera un supplément pour l'achat du billet à bord et les autres paieront la différence si ce train est plus cher», explique l'un d'entre eux.

Tout le monde s'engouffre dans le train.

A quelques secondes de la fermeture des porte, un passager grimpe. Il n'a pas de billet. Le contrôleur lui refait le topo déjà exposé au chef d'entreprise. Déboule enfin un jeune-homme d'environ 14 ans (au plus), présentant plutôt bien et chargé d'un sac à dos. Il grimpe mais est arrêté sur le pas de la porte par l'un des contrôleurs qui le maintient par l'épaule.

«T'as un billet toi?»

«Non, mais...», répond l'ingénu qui pourrait assez logiquement s'attendre à devoir écouter le troisième discours dédié aux passagers sans billets...

C'est sans compter sur l'aimable contrôleur qui repousse fermement l'adolescent sur le quai. On a le temps d'entendre un «s'il vous plaît, mes parents m'attendent à Paris», mais les portes actionnées par le contrôleur se referment sur l'ambiance ouatée de la rame, laissant sur le quai l'infortuné jeune voyageur.

Quelques instants plus tard, le contrôleur s'adresse au journaliste, assis à quelques centimètres de la porte. Il va régler le problème de billets. Après s'être assuré qu'il n'y avait pas de différence de prix, il composte simplement le billet. Dans le même temps, votre serviteur en qui vous aurez bien évidemment reconnu l'anonyme journaliste, s'autorise une interrogation auprès du fonctionnaire: «Dites, pourquoi avez-vous refusé l'accès au train à ce voyageur?». Réponse fulgurante: «Il n'avait pas de billet». Fort bien, mais l'ami chef d'entreprise non plus. «Or vous l'avez accepté comme d'autres», précise le journaliste. «Oui, mais votre ami, il va nous payer, ce garçon, on le connaît, il ne paye pas ses billets dans les autres trains, alors on sait qu'il va pas le payer ici non plus», précise le fonctionnaire. Taquin, votre serviteur précise qu'à aucun moment, le jeune garçon n'a exprimé l'idée qu'il ne paierait pas si on le lui demandait... «Nous on le sait et maintenant c'est comme ça dans les trains». On en saura pas plus. Sauf que le contrôleur est repassé pour expliquer au vilain curieux, que s'il avait fait ces réflexions avant le compostage de son billet, il le lui aurait fait sentir financièrement. J'ai eu beau proposer à cet avenant représentant de la SNCF de me «redresser la facture» comme il disait, il ne s'y est pas risqué. Dommage.

J'ai oublié un détail. Le jeune-homme en question n'avait pas la peau aussi blanche que celle du contrôleur. Mais cela n'a bien entendu rien à voir avec le smilblick.

"A nous de vous faire aimer le train", qu'ils disaient. Il y a encore un peu de boulot.

Kitetoa

(*) pour ceux qui ont déjà vu ce titre quelque part, ce papier est paru il y a peu sous une forme plus courte dans un canard déchaîné.