[Kitetoa, les pizzaïolos du Ouèb

Petite revue de presse de Libération: Etat policier, chiracophiles, condamnations, journaliste en garde à vue, ISF, contrefaçon et terrorisme, c'est pas rose tous les jours...

La lecture de Libé ne met pas toujours de bonne humeur

Il y a des jours comme ça... On a beau lire que Bush dégringole dans les sondages, que le règne du faux est en train d'exploser sous le poids des mensonges d'Etat outre-Atlantique, il y a des trucs qui parviennent à entamer la bonne humeur.

La lecture de Libé hier matin laisse perplexe. Ca commence fort avec un éditorial particulièrement juste (et donc flippant) de Patrick Sabatier. L'exercice (l'édito) est difficile. Dans un espace assez court, il faut résumer une situation et ciseler la représentation d'une prise de position avec les mots juste. C'est particulièrement réussi dans ce cas précis. Sauf que le constat est déprimant. On y comprend que le ministre de l'Intérieur cache son inefficacité derrière une grosse matraque et renonce de ce fait à traiter un problème de fond qui pétera à la gueule d'un futur gouvernement. Il y a belle lurette que l'on sait que le gros de leur boulot consiste à se repasser des patates chaudes mais tout de même... Usant de l'arme terrible de la logique, Patrick Sabatier pointe quelques contradictions dans le discours officiel. Là, on frôle le pathétique. Rubrique bon sens, l'éditorialiste explique que « l'excès est toujours un signe de faiblesse, y compris dans la répression ». On dirait du Lao Zi.

Une page plus loin, on découvre avec étonnement que 22 millions de personnes ont suivi l'allocution télévisée de Jacques Chirac. Ce qui nous fait tout de même 22 millions de personnes qui espèrent une réponse à leurs angoisses en regardant un homme politique parler.

Allez, courage, encore une page et l'on découvre un article sur un djeunz super intégré dans la société qui se prend 1 mois de prison ferme parce que 2 témoins sur 4 disent reconnaître en lui un caillasseur. Ben quoi? Il est black, comme le caillasseur et il a un sweat bleu, comme le caillasseur. Il n'avait qu'à s'acheter un sweat rouge...

On ne sait pas ce qu'il est advenu d'un journaliste du Parisien, qui a pour sa part commis un crime terrible. Figurez-vous que la police lui reproche d'avoir écouté ses conversations radio pendant les émeutes. C'est pas dingue ça? Comment a-t-il osé? Racaille va! Le gouvernement nous dirait que cela n'a rien à voir, mais il a été arrêté au sein de sa rédaction. Procédure à mon avis peu courante. Pour l'exemple?

Et puis Libé nous signale un petit télescopage du calendrier. Le genre de hasard qui n'est pas prévu par un gouvernement, de droite comme de gauche. Un petit truc qui fait tâche dans le paysage actuel. Les députés étaient appelés à discuter cet après-midi de la réforme fiscale qui prévoit, entre autres choses un plafonnement de l'Impôt sur la fortune (ISF). François Wenz-Dumas, l'auteur du papier nous rappelle en introduction ceci: « Les députés qui abordent cet après-midi le chapitre «réforme fiscale» de la loi de finances pour 2006 devront avoir trois chiffres en tête : trois fois 500 millions d'euros. Cinq cents millions, c'est le cadeau que le gouvernement s'apprête à faire à quelques milliers de contribuables assujettis à l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). C'est aussi la somme que vont se partager 8 millions de ménages modestes au titre de la prime pour l'emploi (lire l'interview de Didier Migaud). C'est enfin, à peu de choses près, le coût pour la collectivité de quinze nuits d'émeutes dans les cités : selon la Fédération française des sociétés d'assurance, 200 millions seront à la charge des assureurs pour les dégâts aux biens privés, et les destructions du patrimoine public sont évaluées à au moins 250 millions ».

J'aime bien quand les gens prennent le temps de mettre des chiffres les uns en face des autres. Cela permet de relativiser, de mesurer. Et ça déprime.

Plus loin ne Cisjordanie, on découvre -toujours grâce au même journal- que des soldats israéliens ont dressé un mur de béton de 8 mètres dans une cour d'école. La photo publiée par Libé laisserait pantois n'importe qui.

Pas question de se réconcilier avec la manière dont tourne notre monde en rubrique Société. On y découvre que les troubles musculo-squelettiques dus aux mauvaises conditions de travail connaissent une hausse spectaculaire. Des procès en perspective? Pour quoi faire vous répondront des veuves qui s'étaient pourvues en cassation pour tenter de casser une décision de non-lieu dans un procès lié à l'amiante ont été déboutées. Circulez il n'y a rien à voir. D'ailleurs la Cour statue sur une question de droit (évidemment) et les veuves n'étaient pas habilitées à se pourvoir. Il faut dire que les victimes ne sont plus là pour le faire. Mais qui cela intéresse-t-il?

Allez, pour finir, aujourd'hui, Libé nous a fait un petit papier bien rigolo sur les gens qui tentent de faire rimer contrefaçon et terrorisme. Eloquent. Il y a comme un air de déjà vu pour les lecteurs de Kitetoa.com.

Kitetoa

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