[Kitetoa, les pizzaïolos du Ouèb

Tentations barbouzardes dans un petit village

C'était, nous disait-on, le plus gros scandale de la cinquième république. L'avez-vous vu ces derniers temps ce scandale des scandales? Mais où est passée l'affaire Clearstream (2) ? Les analystes futés avaient raison, le mondial a visiblement eu raison du scandale en question. Jacques Chirac et Dominique de Villepin doivent souffler et bénir le ciel tandis que Nicolas Sarkozy doit s'énerver. D'un autre côté, plusieurs experts es secteur des media analysent la situation autrement. Le mondial ne serait pas l'unique fossoyeur de l'affaire des affaires. Certains estiment que les participations industrielles dans la presse ne seraient pas étrangères à ce soudain silence. Certains journaux/radios étant, de fait, un rien juges et parties. C'est que le monde des affaires est un petit village, comme celui de la presse, du renseignement et de la politique... Pourtant, pendant la trêve (en attendant que d'autres documents du dossier d'instruction filtrent ou que l'incident à l'Assemblée Nationale entre De Villepin et Hollande ne fasse des vagues), il y a matière à réflexion et donc, à papiers. Un sujet comme les tentations barbouzardes des entreprises et de certains particuliers pourrait par exemple être décortiqué par les journalistes.

Dans l'histoire Clearstream, on a quelques acteurs fascinés par les services secrets. Jean-Louis Gergorin par exemple, qui a toujours grenouillé dans ce milieu, à la recherche de contacts privilégiés, fasciné par « l'intelligence économique », est un fan du milieu du renseignement. Comme nombre de ses semblables dans ce domaine, il rêve d'en être sans jamais pouvoir réaliser son rêve. C'est probablement ce point qui le mène là où il est aujourd'hui, c'est à dire dans une merde noire... Les fans des barbouzeries pensent, à tort, que le monde du renseignement inclut toutes les officines privées, les experts à deux cents d'euros en « intelligence économique » et les anciens des services. Cela leur permet de s'imaginer partie prenante de « tout ça ». Pourtant, le monde du renseignement n'est rien d'autre (ou ne devrait être) que l'ensemble des services publics dédiés à ce sujet. Quand on en sort, on en sort. Quand on est pas dedans, on n'est pas dedans. Rêver d'armes à feu, de coups tordus (qui sont probablement assez rares dans le vrai monde du renseignement) d'action sur le terrain (idem) fréquenter des espions, ne fait pas de vous un membre du secteur. Au mieux, vous êtes un « wannabe » (du mot anglo-saxon signifiant grosso modo « je voudrais en être »). Et ça, c'est assez pathétique. Non?

Aux côté du wannabe Gergorin, on trouve Imad Lahoud, wannabe Informaticien de génie, wanabe trader de génie, wannabe espion, etc.

Etre un wannabe espion n'apporte paradoxalement que des ennuis. Pour une simple raison. Paradoxalement, le métier d'espion est relativement bien encadré. On ne fait pas n'importe quoi parce que l'on dispose d'une carte tricolore. Au contraire. D'une part parce qu'il n'est pas bon de se faire remarquer en faisant n'importe quelle connerie, comme dans un film de James Bond (cf. l'affaire Greenpeace), d'autre part parce qu'il est dangereux, dans un dossier ou une procédure, de risquer de tout planter en agissant en dehors d'un cadre légal. Cette peur de mettre en péril une procédure ou un service a d'ailleurs rendu, dit-on, lesdits services assez frileux ces dernières années. Or, le wannabe espion se situe, de facto hors cadre légal. Il n'est ni appuyé par un service, ni ne connaît (généralement) ledit cadre légal (au sens large). Il y a toutes les chances qu'il fasse une boulette...

Nombreux sont les journaux qui ont décrit le premier ministre comme un adepte de « l'ombre » (c'est ainsi que l'a encore fait hier Franz-Olivier Gisbert dans l'émission « complément d'enquête ») et des cabinets fantômes. Une tentation périlleuse comme l'a montré l'affaire Clearstream.

Derrière les hommes, il y a aussi les entreprises. Elles donnent les moyens à des gens comme Gergorin de développer leurs lubies. Elles les confortent en validant le concept ridicule d'intelligence économique. C'est le cas d'EADS, mais cela a été le cas également d'Elf et de bien d'autres. Il faut dire que les grands patrons ont été confortés par l'Etat lui-même. Etrangement,l'intelligence (énorme) économique au service d'EADS n'a pas permis à ses dirigeants de prévoir, disent-ils, le retard de l'Airbus A380. Et c'est tant mieux, car ils ont ainsi pu lever leurs stock options sans risquer de passer pour des vilains. En tout cas, à voir des espions partout, on finit par faire des bêtises. Car la chasse aux espions devrait être laissée aux professionnels. Ce n'est d'ailleurs probablement pas pour rien que la DST existe. N'est-elle pas là, entre autres choses, pour protéger les entreprises françaises contre les vilains espions?

Aux côtés des entreprises, il y aussi tous les anciens des services qui, probablement par nostalgie de la grande époque où « ils en étaient », se mettent à jouer à l'agent secret « de réserve », si l'on peut dire, auto-investis de « missions » de protection des peuples, des entreprises, etc. En cela, ils nourrissent les lubies des wannabe espions qui gravitent autour d'eux.

« Complément d'enquête », sur France 2 abordait hier soir l'affaire Cleastream. On retrouvait parmi les « experts » interrogés l'ancien patron de la DST Yves Bonnet. Aujourd'hui « en dehors », il a co-fondé un « centre de recherches sur le terrorisme » auquel participe Jean-Paul Ney, bien connu des lecteurs de ce site. A l'époque ou ce dernier menaçait le webmestre de Kitetoa.com et sa famille de mort, nous avions déjà écrit que ses amis jouaient un rôle dangereux (pour lui) en le confortant dans ses délires. C'était le cas par exemple de Daniel Martin, ancien de la DST également, qui, sans connaître le contenu accablant du dossier d'instruction, lui écrivait une lettre (lorsqu'il était en prison) confortant ses fantasmes. Jean-Paul Ney qui collectionne les insignes, posters mettant en scène des rambos des services actions et autres cartes tricolores (son appartement était un vrai musée) faisant référence aux « services » est également passionné d'armes à feu. Toutes choses qui sont l'apanage (pas toujours d'ailleurs) des services. Laissons aux services ce qui est aux services. Et tout le monde se portera mieux.

Cette tendance à voir de vilains espions partout rappelle également Tegam et plus particulièrement Danielle Kaminsky qui expliquait au webmaster de Kitetoa.com que la DST avait dû aller aux Etats-Unis repêcher son neveu Eyal Dotan parce que les vilains espions américains tentaient d'accaparer sa technologie ultra-révolutionnaire d'anti-virus. Un must. DST si tu nous lis... Te souviens-tu de cette rocambolesque opération d'exfiltration qui n'a probablement jamais eu lieu? Te souviens-tu, DST, de tes fiches sur le terrible terroriste informatique citées par Tegam dans une publicité pleine page dans la presse? On croit rêver, mais c'est la réalité.

« J'aurais voulu être un espioooooonnnn, pour pouvoir faire mon numéro, quand l'avion se pose sur la piste, à Rotterdam ou à Riooooooooo,...pour pouvoir inventer ma viiiiiiiiie », doivent fredonner pas mal de bras cassés wannabe espions...

Ils feraient probablement mieux de vouloir être eux-mêmes.

Kitetoa

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