[Kitetoa, les pizzaïolos du Ouèb

John Kerry est-il une alternative réjouissante à George Bush?
Quelques éléments de réponse à la lecture du compte-rendu des débats présidentiels

Cela n'est pas nouveau pour les lecteurs de Kitetoa.com, il nous semble que John Kerry n'est pas une alternative réjouissante à George Bush en tant que président de la seule super puissance mondiale. Dire cela, c'est bien. Encore faut-il avoir un ou deux arguments et ne pas se fier qu'à son simple pifomètre qui, cela dit, convenons-en, est assez puissant.

Il nous est dont venu à l'idée de lire le compte-rendu des trois débats qui ont eu lieu entre John Kerry et George Bush.

Qu'y cherchions-nous? Probablement une réponse précise... Des indications sur ce que John Kerry comptait faire pour sortir du bourbier Irakien, sur ce qu'il voulait faire pour rétablir un dialogue avec le monde musulman, enlever aux Etats-Unis leur étiquette d'ennemi de l'Islam, renouer un dialogue positif avec l'ONU, revenir aux relations internationales d'avant le conflit irakien, même si elles laissaient à désirer, etc. Bref...

Si l'on en croit un sondage (qui croit encore aux sondages?) de l'Institut Louis Harris pour Le Figaro « Les Français "votent" John Kerry à 71% et ne sont que 11% à lui préférer George W. Bush ». Ce résultat inquiète fort Le Figaro. Nous aussi, mais pas pour les mêmes raisons.

Par ailleurs, selon Reuters, « un "scrutin" effectué dans le monde sur internet donne John Kerry vainqueur de l'élection présidentielle américaine avec 77% des suffrages. Plus de 113.000 personnes de 119 pays ont plébiscité le candidat démocrate au détriment du président sortant républicain George Bush dans une consultation organisée par le site www.globalvote2004.org ».

Le problème, c'est que ce sont les Américains qui vont voter. Pas le monde, ni les Français....

Si le Figaro perçoit dans son sondage un simple « rejet du président sortant » et y entrevoit probablement un risque pour la sécurité du monde (Avec George, je me réveille tous les matin dans un monde plus sûr® --enregistrez-vous sur ce site pour être en règle avant de télécharger ce document), nous y voyons le risque d'avoir un futur président de la seule super puissance mondiale qui ne fasse pas grand chose pour réparer les bêtises de son prédécesseur.

Reconstruire des alliances

Que nous dit John Kerry à propos de l'Irak, dans le premier débat présidentiel du 30 septembre 2004?

« Le Président Bush a fait éclater les alliances dans le monde. Et nous supportons 90% des blessés en Irak et 90% des coûts. Je pense que ça ne va pas et que nous pouvons mieux faire. J'ai un meilleur plan concernant la sécurité nationale. J'ai un meilleur plan concernant la guerre contre le terrorisme: renforcer notre défense nationale, renforcer nos services de renseignement. Trouver des financements, reconstruire nos alliances en tendant la main au monde musulman, ce que le président Bush n'a pratiquement pas fait. Isoler les islamistes radicaux, et non pas les laisser isoler les Etats-Unis. Je peux faire un meilleur travail en Irak. Je compte organiser un sommet avec tous les alliés. »

Voilà donc une bonne nouvelle. Les liens vont être retissés entre les Etats-Unis et le reste des nations, même celles avec qui ils s'étaient légèrement brouillés après l'invasion de l'Irak. Mais tout cela ne doit pas être fait dans le désordre et la précipitation, n'est-ce pas?

Ne pas quitter l'Irak sur un échec

« Oui, il faut rester déterminé et je le suis. Je réussirai pour nos troupes maintenant qu'elles sont là-bas. Nous devons réussir, nous ne pouvons quitter l'Irak sur un échec. [...] Nous avons besoin d'un président qui a la crédibilité suffisante pour ramener nos alliés autour de la table et faire en sorte que l'Amérique ne soit pas toute seule dans cette guerre ».

Cela étant dit, John Kerry a visiblement une qualité que n'a pas George Bush: il sait ne pas aller dans le mur sous prétexte de ne pas avoir à reconnaître qu'il s'est trompé.

« Je crois que lorsque l'on sait que quelque chose est en train de mal se passer, il faut rectifier le tir. C'est ce que j'ai appris au Vietnam. En revenant, j'ai compris que nous avions tort ».

Gardons à l'esprit qu'il est plus facile d'avouer que son prédécesseur s'est trompé, de changer de cap (même sur quelque chose d'aussi difficile que la guerre en Irak) que de reconnaître que l'on a soi-même fait une erreur.

Quoi qu'il en soit, John Kerry ne veut (peut?) pas trop se démarquer de la « détermination » américaine post 11 septembre 2001:

Tuer les terroristes

« Je pense que mon plan est le meilleur. Je ne laisserai pas tomber les troupes et je ferai la chasse aux terroristes. Je les tuerai où qu'ils soient ». ou encore, dans le deuxième débat du 8 octobre: « Je ne sacrifierai rien à la chasse aux terroriste et je les tuerai ».

Ce que John Kerry dit ici, c'est qu'il valide un virage radical dans la politique américaine. Jusqu'à la présidence actuelle, il n'était pas admis que le président puisse donner l'ordre de tuer ainsi des gens, soient-ils des ennemis des USA, et qui plus est, dans un pays étranger. Il rejoint ici les paroles intellectuelles d'un membre des forces spéciales américaines en Afghanistan après la conquête de ce pays et rapportées par Bob Woodward dans son livre « Bush s'en va-t-en guerre » (Bush at war): « nous consacrons cet endroit [quelques pierres formant une tombe sur un morceau du World Trade Center dans l'Est du pays] mémorial éternel en l'honneur des Américains courageux qui moururent le 11 septembre, de sorte que tous ceux qui chercheraient à le détruire sauront que l'Amérique n'est pas prête à tolérer ni à regarder la terreur mener le monde. Nous exporterons la mort et la violence aux quatre coins de la terre pour défendre notre grande nation ».

Mais bon, outre ce genre d'exemple de tolérance, John Kerry a un plan. Nous voilà rassurés:

Entammer un retrait des troupes d'Irak dans six mois si possible

« Moi j'ai un plan. Et M. Bush n'en a pas. Je n'ai pas dit que je rapatrierai les troupes dans les six mois, mais que, si l'on suit mon plan, et que cela marche, on pourra commencer à réduire le nombre de troupes dans six mois ».

Comme disait l'autre, « Should I stay or should I go now? If I go there will be trouble. And if I stay it will be double »...

En revanche, on peut s'inquiéter de ses propos sur l'Iran et la Corée du Nord.

« L'Iran et la Corée du Nord sont maintenant plus dangereux qu'avant. Je vous dis que, en tant que président, je vais regarder tout ça de près ».

S'il se met à regarder de près comme George Bush a regardé de près le problème Irakien, on est pas sorti des emmerdes (le mot est faible).

Les Etats-Unis sont au bout de leurs capacités en hommes pour faire la guerre

Seule consolation, comme nous l'avions dit sur le forum de Kitetoa.com, les Etats-Unis n'ont plus de troupes disponibles pour aller jouer à la guéguerre. C'est d'ailleurs un problème. Car si une nation puissante décidait de se lancer dans une guerre préventive contre l'impérialisme supposé américain, les Etats-Unis seraient bien en peine de défendre leur pays...

A propos du Darfour, John Kerry explique ainsi que:

« Il faut qu'ils aient la capacité d'arrêter les massacres [les pays de la région]. Nous ne pouvons pas le faire parce que nous sommes déjà au delà de nos capacités. Interrogez les militaires! Neuf des dix divisions d'active sont affectées à l'Irak, sur le départ, sur le retour, ou en préparation ».

Au cours du troisième débat qui a eu lieu le 13 octobre, John Kerry a proposera une solution à ce problème: « Now, I've proposed adding two active-duty divisions to the armed forces of the United States -- one combat, one support. In addition, I'm going to double the number of Special Forces so that we can fight a more effective war on terror, with less pressure on the National Guard and Reserve. And what I would like to do is see the National Guard and Reserve be deployed differently here in our own country. There's much we can do with them with respect to homeland security. We ought to be doing that. And that would relieve an enormous amount of pressure ».

Note: les citations précédentes en français son issues du Monde. Les suivantes, du site vers lequel nous pointions au début du papier. Pour les non-anglophones, les traductions sont possibles ici

Pendant le deuxième débat qui a eu lieu le 8 octobre 2004, John Kerry est revenu sur l'Irak, sur les lois liberticides passées dans son pays et sur d'autres sujets...

A propos du Patriot Act qui a permis aux autorités américaines de tirer un trait sur bon nombre des libertés individuelles des Américains:

« Now, the three things they try to say I've changed position on are the Patriot Act; I haven't. I support it. I just don't like the way John Ashcroft has applied it, and we're going to change a few things. The chairman of the Republican Party thinks we ought to change a few things ».

Quelles choses souhaite-t-il modifier? Mystère.

Etant entendu que John Kerry pensait et pense encore que Saddam Hussein était un danger. Ce sur quoi n'importe qui le rejoint probablement, il a précisé la manière dont il aurait procédé s'il avait été président:

L'Iran et la Corée du Nord sont une menace plus grande aujourd'hui qu'hier

« I've never changed my mind about Iraq. I do believe Saddam Hussein was a threat. I always believed he was a threat. Believed it in 1998 when Clinton was president. I wanted to give Clinton the power to use force if necessary. But I would have used that force wisely, I would have used that authority wisely, not rushed to war without a plan to win the peace. I would have brought our allies to our side. I would have fought to make certain our troops had everybody possible to help them win the mission. This president rushed to war, pushed our allies aside. And Iran now is more dangerous, and so is North Korea, with nuclear weapons. He took his eye off the ball, off of Osama bin Laden ».

Voilà donc un homme qui ne veut pas se jeter dans la guerre chaque matin. Bonne nouvelle pour les pacifistes et ceux qui croient encore au pouvoir de la diplomatie. Celle-ci a au moins le mérite d'avoir fait ses preuves depuis la fin de la dernière guerre mondiale.

A propos des élections en Irak, John Kerry est très pessimiste:

« There's chaos in Iraq. King Abdullah of Jordan said just yesterday or the day before you can't hold elections in Iraq with the chaos that's going on today. Senator Richard Lugar, the Republican chairman of the Foreign Relations Committee, said that the handling of the reconstruction aid in Iraq by this administration has been incompetent. Those are the Republican chairman's words. Senator Hagel of Nebraska said that the handling of Iraq is beyond pitiful, beyond embarrassing; it's in the zone of dangerous. Those are the words of two Republicans, respected, both on the Foreign Relations Committee. Now, I have to tell you, I would do something different. I would reach out to our allies in a way that this president hasn't. He pushed them away time and again, pushed them away at the U.N., pushed them away individually. Two weeks ago, there was a meeting of the North Atlantic Council, which is the political arm of NATO. They discussed the possibility of a small training unit or having a total takeover of the training in Iraq. Did our administration push for the total training of Iraq? No. Were they silent? Yes. Was there an effort to bring all the allies together around that? No, because they've always wanted this to be an American effort. You know, they even had the Defense Department issue a memorandum saying, "Don't bother applying for assistance or for being part of the reconstruction if you weren't part of our original coalition." Now, that's not a good way to build support and reduce the risk for our troops and make America safer. I'm going to get the training done for our troops. I'm going to get the training of Iraqis done faster. And I'm going to get our allies back to the table ».

Donc, pas d'élections en Irak selon le calendrier de George Bush si notre aspirant président est élu. En revanche, il insiste fortement: il veut ramener les alliés traditionnels des Etats-Unis autour de la table des négociations...

Les débats présidentiels font également apparaître une constante chez John Kerry: George Bush n'avait pas assez d'hommes pour gagner en Irak. Il est parti trop vite, sans plan pour gagner la paix une fois le pays conquis. Avec trop peu de soldats parce qu'il voulait envahir le pays très rapidement. Il n'avait pas le temps d'attendre que l'on envoie plus de monde dans la région. C'est un sujet largement évoqué par Bob woodward dans son deuxième livre sur la présidence Bush post 9/11, « Plan d'attaque ». Cela veut-il dire que John Kerry enverra plus d'hommes sur place pour que, enfin, les Etats-Unis gagnent leur guerre dans ce pays? Pas sûr puisqu'il veut évacuer le pays rapidement (début du retrait six mois après son élection). Tout en ne lâchant pas les hommes sur place et en finissant « le boulot ». Pas simple...

Il faut avouer que la précision n'est pas le fort des deux candidats. Sur la menace iranienne et nord-coréenne, John Kerry reste évasif au cours du deuxième débat:

« Meanwhile, while Iran is moving toward nuclear weapons, some 37 tons of what they called yellow cake, the stuff they use to make enriched uranium, while they're doing that, North Korea has moved from one bomb maybe, maybe, to four to seven bombs. For two years, the president didn't even engage with North Korea, did nothing at all, while it was growing more dangerous, despite the warnings of former Secretary of Defense William Perry, who negotiated getting television cameras and inspectors into that reactor. We were safer before President Bush came to office. Now they have the bombs and we're less safe. So what do we do? We've got to join with the British and the French, with the Germans, who've been involved, in their initiative. We've got to lead the world now to crack down on proliferation as a whole. But the president's been slow to do that, even in Russia. At his pace, it's going to take 13 years to reduce and get ahold of all the loose nuclear material in the former Soviet Union. I've proposed a plan that can capture it and contain it and clean it within four years. And the president is moving to the creation of our own bunker- busting nuclear weapon. It's very hard to get other countries to give up their weapons when you're busy developing a new one. I'm going to lead the world in the greatest counterproliferation effort. And if we have to get tough with Iran, believe me, we will get tough. »

Durs comment? Avec des hommes en armes? Avec de la diplomatie?

Le 13 octobre dernier, les deux candidats se retrouvaient pour un troisième débat qui devait se concentrer sur les problèmes de politique intérieure. Les deux candidats ont parlé de budgets, d'impôts, de couverture sociale. Des sujets passionnants et au travers desquels on peut entrevoir une opposition à peu près classique droite/gauche telle que nous la connaissons. Mais ces sujets ont peu d'impact sur la politique internationale. Ces points ne sont donc pas évoqués dans cet article.

Ceci dit, les sujets de politiques intérieure, c'est aussi, pour les deux candidats, la sécurité des Américains. John Kerry a donc martelé qu'il ferait tout ce qu'il fallait pour tuer ou capturer (étonnant le positionnement des alternatives dans sa phrase) les terroristes: « we will go after the terrorists. I will hunt them down, and we'll kill them, we'll capture them. We'll do whatever is necessary to be safe ».

Dieu au coeur des actions des deux candidats

Les sujets de politique intérieure peuvent parfois être révélateurs de la manière dont les raisonnements des candidats se construisent et des compromissions intellectuelles auxquelles ils se plient pour ne froisser personne. L'avortement, le mariage gay sont des sujets difficiles pour John Kerry qui ne manque pas de rappeler qu'il est chrétien et qu'il a été élevé dans les valeurs chrétiennes. Pas crétin comme argument dans un pays fortement marqué par la religion

Un peu plus de biométrie pour les visiteurs...

Autre sujet « intérieur », l'immigration. Vous aviez trouvé le passeport biométrique un peu hard? Voici ce que vous propose John Kerry: « Four thousand people a day are coming across the border. The fact is that we now have people from the Middle East, allegedly, coming across the border. And we're not doing what we ought to do in terms of the technology. We have iris-identification technology. We have thumbprint, fingerprint technology today. We can know who the people are, that they're really the people they say they are when they cross the border. We could speed it up. There are huge delays. The fact is our borders are not as secure as they ought to be, and I'll make them secure ».

Vous allez peut-être devoir montrer votre iris aux garde-frontières américains...

Le droit de porter des armes...

A propos du contrôle des armes, John Kerry sait ménager la chèvre et le chou :« I am a hunter. I'm a gun owner. I've been a hunter since I was a kid, 12, 13 years old. And I respect the Second Amendment and I will not tamper with the Second Amendment ». Ceci dit, il trouve que George Bush n'aurait pas dû rétablir le droit pour tout Américain de se procurer un fusil d'assaut. En effet, il est intolérable qu'un américain moyen puisse se procurer sans contrôle un AK-47. Alors qu'un calibre 45 ou un fusil de chasse... Ce n'est pas pareil. Ben oui quoi... Il y a peut-être moins de chances qu'un taré fasse des trous dans votre carcasse avec 6 balles qu'avec une trentaine. Non?

Précisons pour les collectionneurs d'armes ou de répliques d'armes de ce type (comme Jean-Paul Ney qui a, entre autres choses de ce type, une belle réplique de fusil d'assaut américain sur sa cheminée) que je n'ai aucune idée du nombre de balles que l'on trouve dans un chargeur d'AK-47... Il est donc inutile de nous écrire pour nous dire qu'il n'y en a pas trente, mais plutôt 23 ou 28...

Ces quelques citations de John Kerry permettent de se faire une meilleure idée de ce qu'il a en tête comme projet pour l'Amérique au coeur des nations. Elles ont le mérite d'être reproduites et à peu près exhaustives. Cela vaut sans doute mieux que la lecture d'un portrait du présidentiable dans tel ou tel journal. C'est long et souvent peu intéressant, mais au moins, c'est la pensée réelle du candidat. Il n'y a pas de prisme.

Après lecture (fastidieuse) des compte-rendus des trois débats présidentiels américains (la problématique serait sans aucun doute la même pour des débats de ce type dans n'importe quel pays), la vraie question qui se pose, à notre sens, est la suivante: les candidats sont-ils eux-même intellectuellement faibles? Ou tentent-ils de se mettre au niveau qu'ils supposent (mal) être celui des électeurs?

Kitetoa

k-version: 5.0