[Kitetoa, les pizzaïolos du Ouèb

Mais à quoi sert le haut débit?

Entre deux bouchées de sandwichs pas très bons, nous sommes convenus avec quelques amis que quelque chose se passait dans le petit monde cybernétique du Net... Figurez-vous que le débit grimpe! Il reste, paraît-il plus d'accès RTC qu'il n'existe d'accès haut débit, mais la tendance s'inverse.

Etonnant non?

Je me doutais bien que vous n'alliez pas nous croire...

Pourtant si. La tendance actuelle n'est pas à la baisse des prix de connexion au Net via ADSL. Dans ce pays, les opérateurs privilégient la hausse du débit. Tant mieux. Avouons qu'il est bien plus agréable de charger une page d'un site Web lambda avec un débit de 512 k que par le biais d'une connexion modem 56 k. Ceci dit, l'augmentation pratiquement sans limites de ce débit offert au particulier n'est pas sans effets.

Les côtés positifs sont bien entendu vantés en coeur et sans fausse note par les commerciaux de Wanadoo, Cegetel, Free, 9Telecom, etc.

Citons dans le désordre quelques-uns de ces effets... On trouve en premier lieu la possibilité de télécharger films et musique sans y passer trois semaines par film ou morceau musical (vous avez noté comme nous le côté faux-cul et la difficulté à gérer les relations avec les sociétés d'auteurs qui résulte de cet "argument" commercial...). Internet est-il fait pour télécharger de la musique ou des films (légalement ou illégalement) ou pour diffuser de l'information (de l'écrit) qui ne nécessite pas un débit particulièrement élevé?

D'après vous, à quoi pensait Tim Berners Lee lorsqu'il a tracé les grandes lignes du World Wide Web?

Mais ce n'est pas tout, avec l'ADSL haut débit, vous pouvez faire de la visio-conférence, écouter des radios en ligne, télécharger "des tonnes" de logiciels.

vous pouvez aussi jouer en ligne sans limites...

Le pied quoi. Ou plutôt le cyber-pied.

Tout cela est très intéressant, mais pourrait-il exister une face cachée un peu moins rose de cette guerre du débit à laquelle se livrent les opérateurs?

Peut-être. Et c'est là que les sandwichs pas très bons montrent combien ils sont importants. Si nous avions été concentrés sur la succulence des mets de la table, nous serions restés cois et n'aurions pas discuté du sexe des anges de l'ADSL...

Remarque liminaire, sur les X millions de clients ADSL haut ou très haut débit visés par les opérateurs français, combien sont capables de noter une différence de débit entre 8 méga et 15 méga? Pas beaucoup. Bien entendu, le geek qui télécharge son linux trois fois par jour sur kernel.org verra combien il est agréable de surfer dans la stratosphère de l'ADSL. Mais Mme Michu (© J.M. Billaut), elle, ne risque pas de constater qu'elle télécharge moins vite la page d'accueil de Quellesconnes.com, le portail des p00fs qui le valent bien (lourde de sens mais légère en html), quand elle a l'offre 8 méga plutôt que quand elle a celle à 15 mégas.

Ceci étant posé, passons à autre chose.

Les opérateurs semblent lancés dans une course à la captation du client. Cette course, ils la mènent visiblement avec n'importe quelles armes, quels que soient les dommages collatéraux.

La plupart des gens qui arrivent sur un site avec 15 Méga de débit disposent de plus de bande passante que les sites qu'ils visitent. Si hier il fallait pirater des dizaines d'ordinateurs dans des universités pour lancer un déni de service, il suffit maintenant aux script-kiddiots (leur nombre augmente probablement à un rythme exponentiel bien plus rapide que celui du débit...) de pirater une dizaine de machines de particuliers sous Windows, équipés de l'ADSL supermegadébit0r pour faire tomber en quelques minutes un site moyen qui dispose, lui, de 512Kbps de débit. Parce que si les opérateurs se battent pour donner du débit pas cher aux particuliers, ils ne semblent pas aussi pressés de fournir le même service au même prix aux clients institutionnels (appelons comme ça les hébergés).

Au delà du simple déni de service organisé par des script-kiddiots, il peut survenir le même problème, mais déclenché par quatre visiteurs animés uniquement de bonnes intentions. Aujourd'hui, une dizaine de personnes ayant un abonnement très haut débit peuvent "manger" tout à fait légalement la bande passante d'un site en téléchargeant mille choses, ou en lançant un simple wget (aspiration du site). Et voici donc le DDoS Involontaire (DDoSI cet acronyme est désormais © Kitetoa.com)... Espérons que les clients ADSL ne prendront pas 5 ans de prison pour un DDoSI...

A part les DDoSI des script kiddiots, le supermegadébit0r apportera dans sa besace une vraie autoroute pour les spammeurs. Leur activité est déjà « lourde », elle ne fera que grossir...

Je me souviens très bien des débuts du Web. Cela n' pas toujours été génial (au sens traits de génie). Il y avait eu par exemple cette page d'accueil de la BNP avec une énorme image de Roland-Garros qui, en local, sur le poste du développeur du site, se chargeait en une milliseconde et qui, sur le poste des internautes équipés d'un modem 14,4 prenait des heures pour s'afficher...

Il y a eu aussi un rapport sur le site de l'Assemblée Nationale. Il faisait des centaines de pages et tout avait été mis sur la même page html. Bilan des courses, mon navigateur Netscape (sous Mac), même en augmentant la mémoire maximum allouée, plantait irrémédiablement pendant le chargement.

Demain, avec le haut ou le très haut débit pour tous, il y a de bonnes chances pour que les gens qui développement des sites web (on dit des applications web, ça fait plus chic) ne pensent plus qu'aux abonnés au supermegadébit0r. Bref, c'est la mort du surf en RTC avec un bon vieux modem. C'est la fin des haricots pour ceux qui n'ont pas le navigateur ultra sophistiqué qui comprend le flash, le java, les applications à boules luminescentes giratoires pailletées. Rien à faire, ce n'est pas de ce Web là, uniformisé façon sapin de noël (c'est de saison) que nous voulons. Mais que faire? Ni les opérateurs, ni les offreurs de contenu ne penseront plus au gens qui n'ont pas opté pour le super haut débit. Dans quelques années (mois?) même les ringards qui continueront à bénéficier de 512 k auront du mal à surfer sur tous les sites. C'est aussi et surtout de gros ennuis à prévoir (mais non pris en compte) sur le plan de la sécurité des "applications Web".

Kitetoa

k-version: 5.0