[Kitetoa, les pizzaïolos du Ouèb

Le règne du faux

On aurait pu imaginer qu'avec les années 80 et 90, on avait atteint un sommet dans l'art de magnifier l'apparence. Les années 2000-2004 auront apporté son lot de nouveautés. Nous sommes entrés dans le règne du faux. C'est très différent. Il ne s'agit plus d'avoir l'air riche, de sembler diriger une multinationale quand on est à la tête d'une coquille vide, il ne s'agit plus de faire croire que l'on maîtrise un sujet, il appartient aux nouveaux adeptes de la religion du faux de modifier la perception de la réalité de leur auditoire, au point que ce qui est faux paraisse vrai. Toute logique, tout bon sens doivent être abandonnés. Ou suffisamment altérés pour qu'ils produisent des analyses et des conclusions complètement biaisées. Si vous souhaitez lire un proof of concept (démonstration) à ce sujet, cliquez ici. Quant à ceux qui remettent en question le règne du faux, il convient de les transformer en quelque chose de suffisamment inquiétant pour que l'ensemble de la population les rejette sans autoriser la moindre analyse de ce qu'ils avancent. La fin de 2001 a malheureusement apporté une solution: ce seront des terroristes.

Le règne du faux se matérialise par exemple dans ce pays lorsqu'un Premier ministre parvient à faire croire à toute la population que tout va bien alors qu'il a -contre l'avis général des économistes les plus renommés- utilisé un taux de croissance complètement fantaisiste pour dresser son budget. Alors que la simple logique, la simple lecture de la presse financière internationale permettaient de comprendre qu'un budget basé sur un taux de croissance farfelu amènerait rapidement des déconvenues importantes, tout le monde a plongé. Quand un Premier ministre qui représente tout sauf les couches les moins favorisées de la population arrive, avec l'aide de la presse, à faire croire à tout le monde qu'il défend "la France d'en bas", on est en plein règne du faux.

Il se matérialise encore lorsque 80% de la population est persuadée qu'il convient de voter Jacques Chirac pour contrer le Front National. Alors qu'à l'évidence, Jean-Marie Le Pen n'aurait récolté qu'environ 20% tandis que Jacques Chirac l'aurait emporté aisément avec les voix de son camp. Il aurait gagné sans en retirer l'impression fausse, mais vite transformée en vérité officielle, d'un plébiscite.

Le règne du faux s'illustre particulièrement lorsqu'une démocratie décide qu'elle doit envahir le moindre pays qu'elle croit être une menace (guerre préventive), même s'il se trouve à l'autre bout de la planète. Il se manifeste lorsque est désigné un ennemi public unique, source supposée de tous les maux du pays. Dans le cas présent, la population américaine a subi une campagne de F.U.D sans précédent et craint par dessus tout le "terroriste". Les terroristes ont bon dos et ils ont justifié une batterie de lois extrêmement répressives et attentatoires aux libertés individuelles. Comme le flux vient des Etats-Unis, il s'est lentement imposé au reste du monde occidental, un peu comme le cinéma ou la musique. Remplacez désormais "terroriste" par "juif" dans la phraséologie officielle américaine et vous commencerez peut être à avoir peur. Une autre peur. Pas la peur du terroriste, la peur du gouvernement actuel.

Le fait de vivre en France ne nous met pas à l'abri de ce risque de dévoiement de la démocratie. Les mêmes lois ont été votées ici. Avec la même apathie des représentants supposés du peuple. Avec le même désintérêt de la population pour les lois qui vont régir leur vie. Avec le même "laisser-faire" coupable.

La presse joue son rôle dans la diffusion de ce nouvel opium du peuple (il est plus facile de se convaincre de la véracité d'une situation pourtant totalement fausse que de s'interroger à son sujet). Le public aussi puisqu'il est assez malléable pour accepter comme vérité quelque chose qui ne résiste pas à l'analyse logique. Ne parlons pas des entreprises pour qui cette situation est pain béni.

Dans ce règne du faux, ceux pour qui éthique, logique, réflexion, sont des mots pleins de sens, doivent trouver leur place. Il leur reste à crier très fort leur vérité ou se fondre dans la masse en attendant que ce règne s'écroule sous le poids de ses propres contradictions.

Heureusement, certains savent utiliser les mots comme des armes puissantes contre lesquelles le bal des faux-culs et les prêtre du règne du faux ne peuvent rien...

Kitetoa

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