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Le ministre américain de la Défense nomme des experts "indépendants" pour enquêter (pas trop) sur les accusations de torture

Donald Rumsfeld a décidé de faire toute la lumière sur les accusations de torture portées contre ses troupes. Le scandale enfle, les révélation des journaux américains se multiplient, au point de citer une validation par le secrétaire à la Défense de l'injection dans les prisons de sous-marins militaires spécifiquement affectés à la traque d'Al-Qaida. Ces derniers auraient des méthodes tout à fait personnelles. Donald Rumsfeld qui joue le rôle de fusible pour toute l'Administration américaine se doit donc de donner des gages de bonne volonté à l'opinion.

Il a ainsi diffusé récemment un communiqué dans lequel il annonce la mise en place d'un groupe de quatre personnes chargées d'enquêter sur les informations selon lesquelles des prisonniers auraient été torturés par les forces américaines en Iraq ou ailleurs.

Ces personnalités sont James Schlesinger, Harlod Brown, Tillie Fowler et Charles Horner. 

Le premier est un ancien secrétaire à la Défense du président Nixon (nommé en 1973), ancien de la Rand Corporation et de la Mitre, un autre client très habituel du Pentagone. Son credo de secrétaire à la Défense était d'obtenir  pour les membres de l'armée "le respect, la dignité et le soutien qui leur sont dû". Il voulait notamment restaurer le moral et le prestige de l'armée après l'épisode tragique du Vietnam. Et le revoilà parti pour regonfler le moral des bidasses... Lui qui avait déjà dû annoncer le retrait des dernières troupes et du personnel de Saigon par hélicoptère - dans les conditions que l'on sait, le 29 avril 1975... Espérons pour lui qu'il aura cette fois un rôle moins déprimant. Shlesinger a co-dirigé un rapport sur l'avenir de l'Irak dans lequel il faisait des recommandations précises en matière de droits de l'homme ou d'opérations de police. Il serait avisé de le relire. Notamment les passages sur la nécessaire délégations à l'Europe ou les Nations-Unies de plusieurs prérogatives qui restent encore aujourd'hui celles des Etats-Unis...

Le deuxième est également un ancien secrétaire à la Défense (1997). Il est, comme le premier expert, membre d'une banque d'affaires.

La troisième est membre du Defense Policy Board Advisory Committee, qui est connu pour la présence en son sein de Richard Perle, un néo-conservateur parfait. Elle connaît bien James R. Schlesinger qui oeuvre comme elle au sein du Defense Policy Board. Parmi ses déclarations publiques, on notera celle-ci: "Notre nation est en guerre, nos leaders militaires et ceux qui les conseillent doivent se concentrer sur la mission si clairement définie par notre président". Aucun doute, cette experte en droit (elle est membre du cabinet Holland & Knight LLP) sera d'une objectivité sans faille.

Enfin, le quatrième est un militaire pur jus. Ayant participé à quelque 111 missions au Sud Vietnam, il sait probablement bien ce qu'il faut faire et ne pas faire des prisonniers en temps de guerre... Et puis l'Iraq ne lui est pas inconnu puisqu'il était en charge des opérations aériennes au cours du conflit du Golfe (opération "Bouclier du désert").

Mission délicate

La mission de ce groupe de sages est difficile. Le secrétaire à la Défense leur demande leur "avis indépendant et professionnel". Il est notamment "intéressé par leurs opinions sur les causes des problèmes [soulevés] et les moyens à mettre en oeuvre pour les résoudre". Attention, il ne s'agit pas d'entrer dans les détails puisque les "cas de responsabilités personnelles seront traités par la justice militaire et les procédures administratives". Ceci dit, les "informations qu'ils pourront fournir seront les bienvenues". Ils ont quarante-cinq jours pour mettre en forme le fruit de leurs investigations. Ils rendront leurs conclusions par écrit et par oral. Toutes les portes au sein du ministère de la Défense leur seront, paraît-il, ouvertes. Si "leur rapport devait contenir des informations classifiées", ils devront également "fournir une version pour diffusion au public". Il faut bien rassurer le bon peuple sans lui donner trop de détails...

Le numéro d'équilibriste s'avère toutefois périlleux.

Périmètre élargi

L'équipe d'enquêteurs devra bien entendu s'intéresser aux "allégations d'abus dans les centres de détention sous contrôle du DoD" en Iraq, mais aussi aux "autres sujets relatifs aux opérations de détention". Ceci inclus les sujets suivants:

- Investigations criminelles liées aux accusations
- Evaluations de l'Army Provost Marshal General sur les opérations de détention en Iraq
- La visite d'assistance de la Joint Task Force Guantanamo en Iraq pour prendre en charge les opérations de renseignement
- L'investigation administrative (AR 15-6) à propos des opérations à Abu Ghraib
- L'évaluation de l'Inspecteur général de l'Armée sur la doctrine et l'entraînement aux opérations de détention
- Le détail des activités du personnel militaire chargé des opérations de renseignement à Abu Ghraib dressé par le Commandant de la Joint Task Force-7
- Idem pour les personnels chargés des opérations de renseignement et de police militaire par les personnels de réserve
- Idem pour les procédures de détention à Guantanamo et au Naval Consolidated Brig de Charleston en Caroline du Sud.

Ce dernier point est intéressant puisqu'il traduit, tout comme le passage sur l'aide des spécialistes du renseignement de Guantanamo, le fait que Donald Rumsfield s'attend à ce que la presse élargisse le périmètre de ses investigations. Et notamment à un centre de détention un peu spécial et peu médiatisé, celui du Naval Consolidated Brig de Charleston. De nombreux prisonniers liés, selon le ministère de la Défense, à Al Qaida y sont enfermés sans aucun contact avec l'extérieur depuis des lustres. Depuis 1992, l'American Correctional Association a procédé à quatre visites du camp de détention. A aucun moment, l'association n'a repéré quoi que soit d'anormal.

Gageons que les nouveaux experts indépendants du ministre de la Défense ne trouveront pas grand chose d'autre...

Kitetoa

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