[Kitetoa, les pizzaïolos du Ouèb

Microsoft veut racheter Yahoo! alors que le Web 2.0 est en passe de disparaitre...

Impossible de louper l'information. Elle fait le tour du monde à la Une de toute la presse, de tous les blogs un peu branchouilles du Web 2.0 : Microsoft veut racheter Yahoo!. Et les experts s'esbaudissent. Pour les uns, si des deals de cette taille se mettent en place, c'est le signe l'arrivée prochaine de juteuses autres opérations. Bref, l'économie du Web va bien. Pour les autres, c'est une opération clef pour le contrôle de la pub en ligne, qui serait un pactole incroyable. Il est assez étonnant de constater que la bulle du Net 1.0 n'a pas ouvert les yeux desdits experts. Pas plus que ceux des investisseurs qui ne manqueront pas de saluer en bourse d'une manière ou d'une autre l'annonce de Microsoft.

Il y a pourtant deux trois petits riens qui devraient éveiller l'attention. Et calmer les ardeurs.

« Y'a quelqu'un ? » (dans le Web)

Le Web 2.0 repose sur le concept fumeux de « web communautaire » et par extension d'une explosion du marché de la publicité en ligne (communautaire impliquant la présence de communautés, et donc de visiteurs). Pas de chance, là ou les Echos -par exemple- nous prédisent un « Eldorado », il n'y a finalement personne. Comme pour les milliards de visiteurs (fantômes) annoncés pour le Web 1.0, il n'y a pas un cyber-pekin pour cliquer sur les bandeaux de pub. S'il vous plaît, ne le répétez pas. Sinon, la presse ne pourra plus écrire d'articles sur cet « Eldorado », les agences de pub/comm, les web agencies ne pourront plus rien vendre et in fine, il faudra inventer le Web 3.0 (ah... on me souffle dans l'oreillette que c'est déjà fait. Bon, mettons le Web 4.0 ou 5.0, peu importe). Vous me direz, ça ne coûte pas cher de dire comme ça qu'il n'y a personne pour cliquer sur les bandeaux. « Votre mauvais esprit légendaire est à nouveau illustré ici monsieur le gros jaloux ! Prouvez-le ! ». Fastoche. C'est pas Kitetoa qui le dit, c'est le responsable de la stratégie publicitaire globale d'AOL. Si l'on en croit cet article d'InternetActu.net, quelque « 99 % des utilisateurs du web ne cliquent pas sur les annonces (base mensuelle). 1 % clique au moins une fois par mois. 0,2 % cliquent plus souvent ».

Pathétique non ? Evidemment, ceux qui doivent (leur boulot en dépend) croire à l'Eldorado de la pub en ligne, qui ont bon esprit -eux-, vous diront que la marge de progression est énorme.

« soupir... »

Sans vouloir déprimer les adeptes du « team spirit » dans l'entreprise Web 2.0, Google semble très désappointé par ses expériences avec Myspace. « Publicité en ligne : Google rame avec les réseaux sociaux », nous apprend en effet ZDNet.fr. Quant à Facebook, son chiffre d'affaires pour l'année 2007 serait de 150 millions de dollars. Avec une prévision de 300 à 350 millions l'an prochain.

A titre de comparaison, une vraie entreprise comme Coca-Cola, qui vend des vraies choses consommées par des vraies gens, générait en 2006 un chiffre d'affaires de 1,6 milliard d'euros en France...

Je ne sais pas vous, mais ici, ça nous rappelle un peu cette histoire là

« re-soupir »

« Pourquoi acheter Yahoo! ? »

Pourquoi Microsoft veut-il racheter Yahoo! ?

Simplement parce que côté « search », comme on dit -et ce n'est un secret pour personne-, Microsoft est à la ramasse. Son site Live.com ne décolle pas. Ce problème vaut pour les recherches comme pour la pub en ligne (AdWords chez Google, adCenter chez Microsoft).

A force de lire les articles et autres études des experts parlant d'Eldorado, la firme de Seattle a visiblement très peur de passer à côté et tente le tout pour le tout. Après avoir relooké son moteur de recherche Live.com, après avoir espéré que MSN allait y faire venir des millions d'internautes, Microsoft a visiblement décidé que la seule solution passait par le rachat du moteur rachetable. C'est à dire le n° 2 et celui qui n'est pas « trop » cher.

Et pourtant... A 44,6 milliards, ça fait cher la part de marché dans le « search ». Si l'on en croit Le Journal Du Net, Google accapare 58,6% des parts de marché des moteurs de recherche, tandis que Yahoo! serait à 22,4% (en baisse constante) et Microsoft à 9,8%. Ces chiffres sont visiblement assez optimistes.

Avec Yahoo! dans son giron, MS totaliserait donc 32,2% des parts de marché. Mais pour combien de temps ? Qui a vécu l'aventure du Web depuis le début (version 0.1 pour ceux qui ont besoin de rajouter des chiffres derrière le mot Web), il y avait Netscape. Le bidule ayant été mangé par AOL, cela n'a pas fait grossir la nouvelle entité (en termes de parts de marché). Ni n'a amélioré « l'expérience utilisateur » (mais oui, on sait parler le Web 2.0 aussi chez Kitetoa.com, vous croyez quoi ?) des internautes qui y font des recherches.

Quand le Web 2.0 rejoindra le Web 1.0

Maintenant, livrons-nous à un petit exercice de prospective. On pourrait espérer que les grands patrons de grosses boites très cher payés puissent faire le même. Mais cela serait vain, après celle du Web 1.0, la crise des subprime en étant une belle illustration.

Voyons voir...

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Le concept de Web 2.0 a bien marché pendant quelques années (globalement..., disons depuis 2005). C'était une époque pas trop pourrie sur le plan économique et après avoir assimilé la douche du Web 1.0, les investisseurs voulaient de nouveau croire que quelque chose était possible... Qu'il était possible de gagner de l'argent sur le Web. D'où les concepts énoncés au début de cet article.

Mais aujourd'hui, quel est le contexte économique ?

La crise des subprime est passée par là. Bilan? Les banques ne se financent plus entre elles. Les trous dans les bilans sont colossaux. Et pas encore tous connus. Les banques centrales se lancent dans des opérations concertées comme après le 11 septembre 2001. C'est dire si la crise de confiance est là. Dans un monde qui ne marche « que » sur le concept de la confiance... Les mêmes banques centrales se lancent « aussi » dans des actions non concertées. La dernière baisse des taux de la Fed est particulièrement importante si on la replace dans le temps (elle en suit d'autres).

Et alors ? Alors si les banques ne se financent plus entre elles, si elles ont accumulé des trous qui les forcent à aller chercher comme sauveteurs des fonds souverains, elles ne se lanceront probablement pas (plus) dans le financement d'une économie de paillettes comme celle du Web 2.0. Ajoutons à cela la période de récession annoncée aux USA -et donc, n'en déplaise à Nicolas Sarkozy, dans une grande partie de la planète-, le contexte est très défavorable à une poursuite de la bulle du Web 2.0.

Vu ses projets dans le « search », Microsoft y croit encore. Seule différence, notable, avec les autres, c'est que la boite de Bill a les moyens (d'y croire et de perdre quelques milliards).

Advienne que pourra...

Kitetoa

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